Antennes relais, zone de non droit?

A Saint-Denis, la guerre des antennes

Posted in Article, Témoignage by camilleletallec on avril 21, 2010

La question des antennes relais se pose à Saint-Denis à l’été 2005. Richard Badey, qui habite au 21 rue des Ursulines, découvre au 19 une autorisation de travaux pour antenne relais d’Orange.  Le bâtiment mitoyen de son immeuble est loué par France Télécom. « J’habite au huitième étage, l’antenne aurait été à 15 mètres de ma tête », s’exclame Monsieur Badey. Les riverains se renseignent, se groupent au sein du collectif « Antennes relais Ursulines », du nom de la rue. « Il a fallu se bouger vite, car on ne dispose que de quelques mois après l’affichage du permis pour le contester. Or Orange avait installé l’affiche début juillet et beaucoup de bureaux sont fermées au mois d’août ». Le bâtiment surplombe une école de plus de 2700 élèves, de la maternelle au BTS. Dès la rentrée, les parents d’élèves entrent dans le combat.

Peu à peu, les riverains découvrent qu’un projet similaire se prépare à deux pas, rue Emile Connoy. »Bouygues Telecom voulait s’installer au-dessus d’une crèche » s’indigne Richard Badey.  « Le panneau d’autorisation indiquait « construction d’une cheminée et d’un local technique » ». Mais les riverains ne sont pas dupes. Ils s’allient pour créer le collectif « Ursulines-Connoy ». Ensemble, ils se mobilisent. Organisent des campagnes d’affichage, des manifestations. « C’était un travail de tous les jours, se souvient Richard Badey.  Après le travail, tard le soir, il fallait coller des affiches pour annoncer les mobilisations ».

Pour médiatiser l’affaire, il construit une fausse antenne lumineuse sur le toit de l’immeuble. « Elle faisait 5 mètres de haut, avec une cornière métallique et deux fausses plaques rectangulaires; c’était fait pour attirer l’attention et ça a marché ». Le Nouvel Observateur y consacre un article, avec photo.

A l’époque, la mairie ne s’ interroge pas sur la question et le service urbanisme répond positivement aux autorisations de travaux déposées par les opérateurs. Mais face au dynamisme des riverains, la question est peu à peu intégrée aux préoccupations de la mairie. Une réunion d’information est organisée. « Deux ou trois réunions ont eu lieu, mais c’était un vrai dialogue de sourds avec les opérateurs », explique Richard Badey.  Le 27 janvier 2006, les autorisations de travaux pour trois projets d’antennes sont suspendues. Orange, mais aussi Bouygues Telecom, qui prévoyait d’installer une antenne près d’une PME et d’une crèche rue Emile-Connoy, et SFR, qui allait s’installer sur une école maternelle accueillant des enfants handicapés, voient leur projets remis en cause.

La ville entre alors dans une guerre judiciaire, entrainant avec elle la communauté d’agglomération Plaine Commune. A l’été 2006, sont pris à Saint-Denis dans plusieurs autres municipalités de Plaine Commune des arrêtés municipaux pour instaurer des périmètres d’exclusion de 100 mètres autour des sites considérés sensibles, comme les crèches ou les maisons de retraite. Mais le 1er décembre 2006, le Conseil d’État donne raison à Orange pour le site de la rue des Ursulines. Entre le 10 novembre et le 28 décembre 2006, des recours venus des trois opérateurs réclament l’annulation des arrêtés pris dans les différentes municipalités de Plaine Commune. Les arrêtés sont tous cassés par le tribunal administratif. Le 28 novembre 2007, le Conseil d’État confirme l’ordonnance du juge des référés de Saint Denis qui avait suspendu l’exécution de l’arrêté du maire, sur requête d’Orange.

Parallèlement, Plaine Commune est entrée dans un cycle de négociations avec les opérateurs pour établir une charte équivalente à celle de Paris. « Ce qui vaut pour Paris vaut pour la banlieue » disent les élus. Un cycle de cinq réunions commence. La première ouvre les discussions le 31 janvier 2007.

Plaine Commune veut en effet obtenir trois choses. La première, c’est que 150 mesures (la moitié selon le protocole ANFr, la moitié selon le protocole de Paris) soient financées par les opérateurs sur des sites choisis par les villes. La seconde, c’est la signature de la charte. Enfin, un seuil d’exposition maximal de  2V/m est exigé. Mais les opérateurs ne tiennent absolument pas à réitérer l’engagement qu’ils ont formulé à Paris. « Les opérateurs étaient prêts à s’engager oralement, au cas par cas, sur les valeurs d’émission, mais refusaient de mentionner par écrit un seuil maximum valable sur l’ensemble du territoire de Plaine Commune », se souvient Michel Ribay, adjoint au maire de Saint-Denis en charge de l’écologie urbaine. La dernière réunion a lieu le 12 septembre 2007 et aboutit à la rupture des négociations.

« A défaut d’une charte, Plaine Commune a établi, ville par ville, une carte des 119 stations-relais d’antennes localisées sur le territoire », dit Michel Ribay. Après une phase de statu quo, de nouveaux contacts sont établis en juin 2008. Une réunion est organisée en novembre de la même année, mais les désaccords demeurent.

Lors du conseil municipal de Saint-Denis le 25 juin 2009, une délibération est votée pour déclarer la ville candidate à l’expérimentation lancée suite au Grenelle des ondes. Mais ce n’est pas tout. Ce jour-là est aussi voté un « moratoire » suspendant l’implantation d’antennes relais dans la ville, en attendant des résultats d’expérimentations sur les seuils d’exposition aux ondes électromagnétiques.

Au cours de la dernière réunion du COMOP (comité opérationnel chargé de mener les expérimentations), Orange, qui a attaqué en justice le moratoire de la ville, a fait savoir qu’il ne souhaite pas participer à l’expérimentation à Saint-Denis.

Aujourd’hui, la ville ne peut plus que calmer le jeu avec les opérateurs pour permettre le bon déroulement des expérimentations. Rien n’est fait qui pourrait encourager Orange à maintenir sa position ou inciter d’autres opérateurs à le rejoindre. Dernièrement, Plaine Commune a même adressé une lettre aux opérateurs, les informant que  les 150 mesures pourraient être réalisées selon le protocole ANFr. « Nous attendons leur réponse », explique Michel Ribay.

Les antennes rue des Ursulines et rue Emile Connoy n’ont jamais été implantées. Mais les riverains restent aux aguets. « On ne sait jamais ce qui se trame », dit Richard Badey.

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